Chère ville,
Mes meilleurs souvenirs reliés à toi sont ceux qui touchent à la culture. Les sorties au salon de la littérature au stade du centenaire de Mont-Joli, les visites des artistes dans mes classes, les livres que j’ai lus et qui m’ont emportés dans des histoires et des lieux captivants. D’ailleurs, mes moments préférés à l’école primaire étaient ceux où nous allions à la bibliothèque. Malgré le tout petit local, je pouvais m’asseoir au sol et me plonger dans des univers tellement différents de mon quotidien.
Je me souviens, en maternelle, de la visite d’un artiste qui était venu nous raconter une histoire et nous montrer une drôle de machine qui reliait nos dessins pour en faire un grand tableau. Ce moment reste très vivant en moi, pour l’originalité de l’activité et l’énergie unique de l’artiste. Il y avait quelque chose de libre dans la création et cette forme d’activité m’a profondément marqué.
Ensuite, au secondaire, grâce au cours de français axé sur le théâtre, je pouvais avoir un ancrage dans le jeu et dans la création pendant ce moment de vie pas toujours évident, l’adolescence.
C’est entre tes murs, chère ville, que j’ai réalisé que ce pétillement à l’intérieur de moi, c’est au contact de la culture qu’il prend vie. J’en aurais pris toujours davantage de ce sentiment d’être vivante et de prendre part à quelque chose de plus grand au contact de la création. Et justement, c’est ce sentiment d’en vouloir plus qui m’a guidé vers ce que je fais aujourd’hui.
Maintenant, comme travail, j’organise des rencontres d’artistes dans les écoles ! Avec le Carrefour de la littérature, des arts et de la culture, qui a marqué mes plus beaux souvenirs scolaires, j’ai la chance de me déployer comme professionnelle, en collaborant avec des artistes qui, tout comme moi, cherchent à rendre le monde plus beau, plus ouvert et plus sensible.
Je me souviens d’un spectacle bénéfice avec Patrice Michaud et les jeunes du programme de guitare enrichie du Mistral, où j’ai été profondément émue de voir les élèves avoir accès à une telle expérience. À travers ce moment, ils pouvaient rêver plus grand, se reconnaître dans le regard d’un artiste professionnel et accomplir quelque chose de significatif, autant pour eux-mêmes que pour leur communauté.
Ce travail est précieux à mes yeux parce que des enfants comme celle que j’étais, qui rêvent de danse, de dessin et qui s’illuminent au contact de la créativité, il y en a dans tes écoles, tes rues, dans le fond de tes rangs. Ils rêvent, s’émerveillent et cherchent appartenance dans les moments importants de leur vie. Il est essentiel que chaque enfant puisse se reconnaître au contact de ce qui le fait vibrer et avoir accès à une culture libre, vivante, diversifiée et démocratisée.
Et puis, la culture : c’est une volonté de reconnaissance, d’engagement et de lien à une communauté, c’est un petit bout de chacun de nous.
Même si l’accès à la culture a parfois été plus difficile à trouver ici, chère ville, tu as toujours su allumer ces petites étincelles qui réchauffent le cœur.
Je sais aussi que tu as besoin de souffle et d’espoir et c’est pourquoi je continue à t’aimer, pour alimenter cette partie de moi, et j’espère, celle de quelques autres qui ont toujours eu besoin de se laisser emporter dans l’imaginaire, d’embrasser la créativité et de s’éveiller au contact de personnes qui recherchent ces expériences humaines et profondément rassembleuses.
Je t’aime dans toutes ces espérances silencieuses. Je te souhaite vibrante, ouverte, à l’écoute, colorée et diversifiée. J’ai envie de te voir inclusive et lumineuse dans le cœur de tous ceux qui cherchent à y trouver leurs repères.
Ananda Dubé-Gauthier
Coordonnatrice artistique au Carrefour de la littérature, des arts et de la culture
Ce texte a été écrit à l’invitation de CBSL et s’inscrit dans l’élan des lettres d’amour initié par les Arts et la Ville et de ses partenaires à l’occasion de la campagne municipale 2025.