Date de publication :

10/10/2024

Modifié le :

10/10/2024

Gala 2024 – Hommages à nos disparus


L’Orchestre de chambre du Littoral, dirigé par Carey Brady, lors du Gala des prix Culture Bas-Saint-Laurent 2024. Crédit photo : Mathieu Prezelin.

Difficile de célébrer nos artistes locaux sans penser à ceux qui nous ont récemment quittés. Aussi, les départs du photographe rimouskois Michel Dompierre, du vidéaste matanais Boris Firquet et de l’auteur-compositeur-interprète louperivois Olivier Martin ont été soulignés lors de notre Gala des prix Culture Bas-Saint-Laurent 2024.

Les hommages ont été accompagnés en musique par l’Orchestre de chambre du Littoral, dirigé par Carey Brady. 

Olivier Martin 

Olivier Martin. Crédit photo : François Drouin, Info Dimanche.

« Olivier restera un véritable pilier de la culture louperivoise. Guitariste et musicien d’exception, membre fondateur de l’organisme Sparages, il était impliqué dans nos ligues d’improvisation et de slam, dans le Cabaret Kerouac, le Sonar et dans plusieurs autres projets musicaux de la région. Ses mots et ses mélodies résonneront longtemps dans nos cœurs. Olivier créait en dehors de l’industrie avec authenticité. Il m’a permis de prendre la mesure de l’importance de l’art pour nos communautés, et pas seulement pour nourrir une machine à fric. C’était pour moi un ami qui créait pour les bonnes raisons – faire du bien, se connaître et se reconnaître, transformer les épreuves en beauté. Je suis persuadé – et je ne crois pas être seul – qu’Olivier est un des plus grands auteurs-compositeurs de la région, mais aussi du Québec. »

– Benoit Ouellet

Michel Dompierre

Michel Dompierre. Crédit image : Radio-Canada.

« Tout le monde aimait Michel Dompierre. Pour plusieurs photographes, il était un mentor. Imaginez ce que pouvait signifier pour un jeune photographe une appréciation de son travail par Michel Dompierre…

Les artistes qui ont créé la Galerie photo-vidéo L’Espace f:, à la fin des années 1980, à l’époque dans les Ateliers Saint-Louis à Rimouski et aujourd’hui toujours bien active et dynamique à Matane, ont grandement apprécié avec avoir Michel Dompierre — que certains amis appelaient Dompedro —pour plonger avec eux dans cette aventure. C’était comme avoir Jean Béliveau sur la glace pour un match de hockey pee-wee.

Ceux qui connaissaient bien Michel savent qu’il ne l’a pas toujours eu facile. Il a connu des combats difficiles, mais il les a gagnés. Mais ce qu’il a toujours su gagner, facilement, sans combattre, c’est l’amour de ses proches et l’estime, l’amitié et le respect de tous ceux qui ont eu la chance de le côtoyer.

Salut Dompierre, on t’aime ! On garde en tête toutes les magnifiques images que tu nous as offertes à travers les années, mais aussi de très bons souvenirs de la belle personne, gentille et attentionnée, que tu étais. MERCI pour tout. »

– Jacques Bérubé  

Boris Firquet 

Boris Firquet. Crédit image : La Fabrique culturelle de Télé-Québec.

« Déjà, enfant de Matane, fasciné devant la télévision de ses géniteurs dont il s’employait à détruire l’image, il se posait cette question : qu’est-ce qu’une vie ? 

Et si nous n’étions, en fait, que d’incessants feedbacks, signal renvoyant au signal, né de l’imposition et de la rencontre de deux instruments de réflexions ? 

Le luxuriant monde des médias américains lui offrait à l’époque une palette conséquente. Il n’avait plus qu’à choisir, à organiser, à convertir, à essorer, à tordre, à filtrer. Avant l’ère de la vidéo numérique, déjà, il métamorphosait la télévision en la faisant passer par un hypermontage analogique qui en accélérait la vitesse. Firquet justifiait cet immense travail en prétendant fabriquer les images que sa machine à zapper refusait de lui donner. Elle était trop lente.  

Puisqu’une grande partie de son travail consistait à récupérer des images et à les détourner de leur fin initiale, le réalisateur se mit à fabriquer ce qu’il appelait de la Trash TV. Cette entreprise de recyclage en arriva à des situations paradoxales où des icônes mythiques comme le pape ou Elvis Presley en majesté côtoyaient leur contraire symbolique, un extrait de film pornographique, des cadavres de machines obsolètes dans une « dump » sauvage de Gaspésie.  

Regardons une de ses premières bandes vidéo où l’on voit un œil sur la pupille duquel se reflète l’image d’un écran de télévision diffusant à son tour l’image d’un œil dans lequel se reflète un écran, etc. Cette mise en abyme installe un processus de « contre sidération » télévisuelle utilisant un truchement identique.  

Devant la simple multiplication des miroirs qui renvoient à l’infinie plénitude du hasard, les musiques de la lumière seule s’imposaient et revenaient, toujours uniques, jamais les mêmes. Les percepteurs parlent de perception, les récepteurs de réception, mais les « excepteurs » comme Firquet relèvent plutôt de la théorie des exceptions, délaissant, en les rendant déviants, les respectables réceptacles du spectacle et de la chose commune.  

Le salon et son téléviseur pouvaient ironiquement être envisagés comme la version douce du camp de concentration, où le kapo aurait l’affabilité religieuse du psychologue et où le SS serait détenteur du pouvoir de la beautécratie des mannequins de Hollywood. À l’injonction « Restez assis ! », Firquet répondait « Ne la fixez pas ! » 

Devenu un as de la maîtrise des logiciels de fabrication des images électroniques, il était tout entier dans son travail créatif, au risque de sacrifier une bonne partie de sa vie sociale et amoureuse, sans compter les essentielles heures de sommeil. Il poursuivit ainsi son travail de sape durant trois décennies depuis sa base de subversion aux innombrables écrans, qu’elle soit située dans un petit appartement de Québec ou dans le sous-sol d’une maison de Matane. 

Que ce soit dans la dizaine d’installations vidéo, dans les impressionnantes conceptions de vidéo live ou dans ses mono bandes, les œuvres qu’il a produites témoignent d’un véritable génie de l’image. Punk, il le fut dans l’attitude, tant il fallait parfois se battre avec lui pour qu’il arrête un tant soit peu de chercher pour se poser et travailler à la reconnaissance extérieure de ce qu’il faisait. Cette notoriété de lèche-cul ne l’intéressait pas. 

Maintenant Boris Firquet disparu, c’est à nous de documenter et de faire rayonner son travail. »

– David Michaud