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Il y a très longtemps, vivait dans un grand pays appelé Congo belge, un petit garçon du nom de Ngooyi. Il habitait chez Nsònga, sa belle-mère, qui le haïssait. Sa vie quotidienne auprès de Nsònga était un calvaire. Ngooyi devait chaque jour exécuter les tâches les plus viles, les plus lourdes. Il ne savait pas où se trouvait sa propre mère. Il ne savait pas si elle était vivante ou si elle n’était plus de ce monde. Il savait seulement qu’elle avait vécu dans cette maison autrefois. Il ne comprenait pas pourquoi sa belle-mère était si méchante. Il était d’autant plus triste que son papa n’était presque jamais là! Et quand il apparaissait, il était toujours ivre, fâché et violent! Les enfants de Nsònga n’aimaient pas Ngooyi non plus. Ils se moquaient de lui, parce qu’il n’avait même pas sa propre maman. Souvent, dans son minable petit lit, Ngooyi pleurait en silence!
Non, vraiment, à la maison, ce n’était pas chouette! Alors, Ngooyi préférait traîner dans la rue avec ses camarades qui, eux aussi, pour diverses raisons, n’étaient pas bien dans leur famille. Dans leur bande, chacun se lamentait sur son sort et ils se consolaient mutuellement. Ces enfants étaient presque ceux qu’on appelle aujourd’hui « enfants de la rue » ou « enfants-sorciers », des mal-aimés, qui n’ont pas demandé à naître, ceux dont personne ne veut, ceux qui se nourrissent au dépotoir, ceux qui doivent se débrouiller tout seuls pour vivre!
Heureusement pour Ngooyi, il y avait l’école! Et il adorait aller à l’école! On y apprenait plein de choses agréables, comme le calcul, le français, l’histoire sainte. On y apprenait à dessiner des animaux, des plantes et des lettres petites et grandes, des lettres de toutes les couleurs. Surtout, on y apprenait plein de chansons! Ô oui, Ngooyi adorait chanter, et il avait une jolie voix. Sa voix était discrète mais superbe.
Un jour, son maître, qui s’appelait Kalonji François, le choisit pour chanter dans la chorale de l’école, qu’il dirigeait lui-même. Bientôt, Ngooyi devint l’un des solistes et cela lui plut très fort. Je ne vous dis pas s’il était fier, fier d’être soliste dans la chorale des juniors !
Quelques mois plus tard, Maître Kalonji fit venir Ngooyi auprès de lui. Il posa sa main sur son épaule et lui dit: « Toi, Ngooyi, tu chantes trop bien. Tu ne peux pas rester dans cette chorale des juniors. Je sais, tu n’as que huit ans, mais il est temps que tu passes à la grande chorale. Qu’est-ce tu en penses, Ngooyi? » « Chouette, Maître! Oui, je veux chanter avec les grands! » Maître Kalonji le prit par la main et le conduisit là-bas, à côté de l’église, là où les chantres faisaient leur répétition dans une grande salle.
Lorsque la porte s’ouvrit, waouh! Ngooyi fut inondé de musique! Il fut comblé de joie! Jamais, dans sa vie, il n’avait rien entendu d’aussi beau! Son cœur battait fort, il tremblait de joie! Il se dit au plus profond de lui-même: « Ah, c’est donc comme ça, au paradis! Et ces enfants qui chantent là, ce ne sont pas des enfants comme les autres! Ce sont des anges, oui, ce sont des anges! Oh, c’est ça, donc, le paradis, dont on parle au catéchisme! Je veux rester au paradis, moi! Je veux rester avec les anges, pour chanter chaque jour, toujours! » Ngooyi, enfant sensible, vécut un moment d’émerveillement, qu’aucune parole ne peut décrire! Il y a des moments comme cela, où l’on se trouve immergé dans le bonheur! On ne les oublie jamais!
Il resta donc dans la chorale des Jeunes Chanteurs de Kamina, qui était dirigée par le Père Guido Haazen, un prêtre franciscain, qui exhortait les enfants africains à être fiers de leur culture, pour laquelle il avait lui-même une grande admiration. Oui, à cette époque coloniale, il était en avance sur son temps! Il était d’ailleurs convaincu que les enfants africains étaient particulièrement doués et que, placés dans les mêmes conditions économiques que des enfants européens, ils seraient plus performants! Ngooyi apprit à chanter une diversité de chansons. Il y avait au répertoire des chansons à une, à deux, à trois et même à quatre voix.
L’école devint pour Ngooyi un lieu de félicité et il attendait toujours avec impatience la sonnerie de la récréation, pour aller chanter avec ceux qui devinrent ses vrais camarades, ceux avec qui il partageait des moments de grand bonheur. Non, jamais il n’eut envie d’aller jouer dehors, avec les autres enfants!
En grandissant, il avança dans la pratique du chant et l’étude de la musique, apprenant la flûte à bec, la flûte traversière, la sanza, le tambour-signal et autres instruments de percussion, ainsi que le piano. Il apprit à jouer des sonatines de Czerny et d’autres compositeurs, des Romances sans paroles de Félix Mendelssohn, des sonates de l’incroyable Mozart, des fugues de l’immense J.-S. Bach, etc.
Allant de découverte en découverte et devenu jeune adolescent, il finit par prendre conscience que l’air entendu autrefois, cet air qui le subjugua totalement lorsqu’il l’entendit pour la première fois, chanté par les Jeunes Chantres de Kamina, c’était un air de Wolfgang Amadeus Mozart!
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Pour le jeune garçon de Kamina
La chance de vivre ce moment
Puissant bouleversant que dis-je magique
Avait marqué à son insu
Son entrée dans un autre monde
Un monde fabuleux incroyable!
Tout cela a-t-on idée
À travers un simple air de musique!
Un petit chant venu on ne sait d’où
Qui l’enveloppa le subjugua
Ce fut l’entrée inattendue de Ngooyi
Dans la culture occidentale
Dans ce qu’elle a de plus exaltant
Ce qu’elle a de plus sublime
Grâce à un instituteur providentiel
Nommé Kalonji François
Grâce à Guido Haazen
Le-Maître-de-chant sensible éclairé
Sonde-qui-détecte-la-lumière-
Au-plus-intime-de-l’Homme
L’Ave verum
D’un compositeur céleste appelé Mozart
Immense feu d’artifice
Dans le noir firmament!
Initiation instantanée bénéfique
À la beauté!
Expérience indélébile
De l’émerveillement
Restée gravée depuis lors
Dans son être!
Cette expérience s’approfondit
À travers Bach
Le-Cantor-inégalé-de-Leipzig
Le-Génie-absolu
Ngooyi est ébloui
Ayant accès à quelque chose
Qui est plus-que-lui-même
Plus-que-la-vie-ordinaire
Fruit paradisiaque
dont on n’oublie jamais le goût!
Comment se pouvait-il donc
Qu’un petit chant venu de si loin
D’un pays appelé Autriche
Situé à l’autre bout de la planète
Puisse émouvoir et marquer à ce point
Un petit enfant bantou
Vivant dans une petite ville
Située dans la savane africaine?
Mystère insondable!
Mystère qui impose le silence absolu!
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Avec mon héritage originel
Enrichi du meilleur de l’Occident reçu à Kamina ma ville natale
J’atterris à Rimouski ville lumineuse
Située dans l’estuaire du fleuve Saint-Laurent au Canada
Les peuples Micmacs et Malécites
Qui avaient été là des milliers d’années avant les Européens
Appelaient la ville Demeure-du-Chien ou Terre-de-l’Orignal
Et le fleuve Chemin-qui-marche
Je rencontre les Autochtones du Québec
J’apprends d’eux une vision du monde fascinante:
L’être humain n’a pas le monopole de la vie
Il n’a ni pouvoirs ni privilèges spéciaux
Sur l’ensemble de la Terre et la Nature
Qui sont les témoins vigilants de ses actions
Il n’a que des responsabilités:
Prendre soin de l’immense patrimoine collectif !
Tous les êtres vivants sont nos parents
Et nous sommes tous interconnectés:
Des grillons aux bisons impressionnants
Et des galets aux lointaines galaxies
Des Humains pensants dansants aux prairies
Et des rosées aux grandes marées
L’interconnexion symbolisée par le cercle ou la spirale
Est une loi fondamentale
La Boucle sacrée comprend tout ce qui existe dans l’univers
Elle illustre de toute chose
Le caractère transitoire et cyclique
Et souligne l’égalité des êtres et leur interdépendance
Aucun n’étant plus important que l’autre
Chacun étant essentiel à l’existence du cercle
C’est pourquoi ils peuvent communiquer avec les paysages
C’est aussi pourquoi leur moi
Peut se disséminer aux quatre vents
Si bien qu’ils goûtent à un sentiment de liberté illimitée
D’exubérance d’exaltation et de joie intense d’être vivants
Voilà que je retrouve mon Afrique
Au contact de ces peuples de grande beauté
Qui se nourrissent d’espace de lumière et de vent
Et qui sont continuellement reconnectés à la Nature
Pour retrouver l’équilibre la grande santé
Leur grande sagesse consiste
À laisser le soleil recevoir la colère et la pluie laver les regrets
À laisser la terre absorber le chagrin, le ciel abriter la liberté
Et la rivière emporter les soucis
Elle consiste à laisser les arbres accueillir la joie
À voir la Nature comme source d’harmonie
Leurs pratiques rituelles visent à reconnecter les êtres
Elles favorisent la dissolution de l’ego
Et relient individuellement et collectivement les Humains
Avec la Nature et l’Esprit qui l’anime
Chez eux Wakan Tanka Grand-Mystérieux
Est au-delà de toute description ou représentation
Il est l’Innommable Celui-dont-on-ne-peut-parler
Celui-qu’on-peut-seulement-expérimenter
Là je retrouve l’africaine Unkulunkulu ou Quenouille
La-Plus-on-en-parle-plus-elle-se-dérobe
J’apprends à marcher d’une manière sacrée
Chaque pas posé sur la Terre étant une prière
J’apprends que se connecter avec la Nature
C’est se connecter avec soi-même avec les autres
Qu’étant parents avec les autres espèces
Explorer leur intelligence c’est explorer la nôtre
Ces peuples si clairvoyants si inspirants furent malmenés ils furent brisés!
Quelle énigme!
4
À Rimouski je goûte à une cuisine exquise:
Pâté chinois et ragoût de pattes de porc
Soupe aux pois, tourtière et tarte au sucre
Pouding chômeur, cretons et poutine, etc.
Cependant ce qui m’enchante réellement
C’est la cathédrale Saint-Germain désaffectée
Souvenir des années 60-70 où la Révolution se voulut tranquille
Mais accélérée et radicale
Époque où le Québec régla ses comptes avec l’Église
Opulente omniprésente omnipotente
Époque où il laissa à chacun la liberté
De fréquenter ou d’adorer les dieux de son choix
Je suis à la fois impressionné et ravi
Par la maturité exemplaire du peuple québécois
Pour moi la ville entière devient un gigantesque musée
Abritant crucifix vierges saints et saintes
Qui mettent en évidence
Les sculptures monumentales de Langevin la Grande Murale de Duguay
La poésie gravée dans l’espace public
Les parcs les sentiers la Mer et bien d’autres merveilles
Après mon temps d’initiation sous d’autres cieux
Rimouski est devenue ma ville culturelle
J’y ai créé l’OBNL Kasàlaction pour répandre la poésie
Je l’adore et m’y sens chez nous
À Rimouski Ville-Arc-en-ciel
J’ai créé aussi l’EKAR ou école où l’on se met à l’écart
Pour laisser apparaître l’autre
Pour transmettre le meilleur héritage de l’Afrique
On me nomma Kabuta Jean
Je me nommai Ngo Semzara et Rimouski m’appelle Jandhi
Je suis aussi Fleuriste qui compose des guirlandes
Artiste qui compose des lettres d’amour
Ce texte a été écrit à l’invitation de CBSL et s’inscrit dans l’élan des lettres d’amour initié par les Arts et la Ville et de ses partenaires à l’occasion de la campagne municipale 2025.